L’histoire

Avant les années 60

Avant les années 60, le vignoble corse est situé en moyenne montagne (terrasses), sa production est essentiellement ciblée sur les besoins domestiques familiaux, c’est un vignoble lié à la civilisation agropastorale. Dès 1962, le paysage viticole se modifie, il est alors censé remplacer les terres perdues d’Afrique du nord. Un nouveau et vaste vignoble (32000 Ha) est mis en place, des cépages allogènes peu qualitatifs et destinés à l’élaboration de vins de coupage sont introduits, la production est intensive, mécanisée.

Les événements d’Aléria (occupation d’une cave de rapatrié afin de dénoncer un système de fonctionnement frauduleux) changeront la donne, il s’ensuivra une grave crise, suivie de vague d’arrachages massifs : la superficie du vignoble chutera, à partir de 1975, de 32000 ha à 8000 ha.

La viticulture corse se trouvera exsangue. Les cépages identitaires avaient quasiment disparu -supplantés par des variétés exogènes- le vignoble était  dénaturé, la flavescence dorée décimait les vignes de Patrimonio et de Casinca…

Les maux de la Corse vigneronne sont alors multiples et intenses : viroses, image déplorable, perte d’identité, amnésie…

Une nécessité fait jour : réorienter la filière vers la qualité. 

Il n’existe pas alors de structure de recherche viticole sur l’île, pas de références techniques pour la Corse, région à forte vocation identitaire, au mieux une antenne en région de l’ITV (institut technique de la vigne, futur IFVV) qui ne répondra pas aux attentes des vignerons insulaires.

Pour se reconstruire, la profession décida en 1982 de se doter, d’un outil de recherche appliquée : le CRVI ou centre de recherche viticole (à l’époque  CIVAM de la région corse). Cette structure indépendante et unique en son genre – qui le restera- couvre depuis sa création l’ensemble des thématiques viti-vinicoles spécifiques à l’île, et accompagne le renouveau du vignoble sur la voie de la qualité et de la typicité.

Valoriser les productions à forte identité fut, il y a plus de trente ans, le choix  visionnaire de la filière viticole insulaire pour gagner en notoriété et compétitivité.

Héritiers d’un savoir-faire ancestral, les vignerons s’efforcèrent de développer une véritable démarche qualité afin de tirer le meilleur des atouts naturels que leur avait donné leur terre.

Mettre en lumière les cépages autochtones, étudier l’impact des multiples terroirs, s’approprier des technologies nouvelles, voici pour les principales missions confiés au CRVI afin de souligner le caractère tout à fait original des vins insulaires.

Du chaos à la typicité, le CRVI est l’incontournable outil du riacquistu (langue corse : réappropriation) du vignoble insulaire.

La période fin des années « 80 » jusqu’à 1990

Dés sa création, le CRVI s’oriente vers la redécouverte et l’évaluation des cépages insulaires, la sélection plants indemnes de virose, la conservation des clones de cépages et l’adaptation des techniques culturales. C’est une période dédiée à la Reconstitution du patrimoine viticole et la Restructuration du vignoble Insulaire

La période 1990 à 2005

Les secteurs de recherches du CRVI  se diversifient avec l’étude des aptitudes œnologiques des cépages insulaires, la sélection des levures insulaires et dés 2000, un ambitieux programme sur la caractérisation des terroirs.

Fin 2005, 21 cépages ont été sélectionnés et sont en cours d’étude, environ 60% du vignoble est restructuré avec du matériel végétal corse de qualité, les travaux dans le domaine de la stratégie de pilotage du vignoble ont permis l’homologation d’un pyrèthre naturel, au niveau de la lutte raisonnée : l’étude et le paramétrage du modèle de prévision des risques liés au vers de la grappe s’est traduit par son utilisation en routine ce qui a permis de limiter les intrants et d’améliorer la posologie des traitement, au niveau de la lutte intégrée.

Le bilan faunistique des prédateurs naturels d’acariens en Corse

(comme en Sardaigne) et l’étude des recolonisations des parcelles ont permis de montrer la régulation naturelle des acariens phytophages sur le territoire concerné, la connaissance et la modélisation de l’alimentation hydrique a amélioré la gestion de l’irrigation, l’espace sensoriel propre du Sciaccarellu est délimité et 2 souches de levures insulaires (Equinox B1 qui préserve l’acidité et Fermiflor qui révèle les arômes naturels du raisins) sont commercialisées (et même validées pour l’élaboration des cognacs).

C’est une période qui permet de Renforcer la typicité et qualité des vins, d’améliorer la gestion des programmes phytosanitaires dans le sens de la limitation des intrants et de définir l’adéquation cépages insulaires / terroir de Corse.

La période 2005 jusqu’à aujourd’hui

Deux nouveaux secteurs d’expérimentation viennent étayer l’activité du CRVI : l’étude de la  vinification dans des contenants innovants et le contrôle de la qualité sanitaire des vins avec l’évaluation des amines biogènes dans les productions conduites en viticulture biologique ou non.

Actuellement, sur les 381 clones conservés, 49 sont agréés. Les résultats sur les cépages ont conduit les professionnels à  référencer 12 variétés  dans le décret IGP île de beauté (Aleaticu, Biancu Gentile, Carcaghjolu neru, Carcaghjolu biancu, Codivarta, Minustellu, Morescono, Niellucciu, Paga debiti, Riminese, Sciaccarellu, Vermentinu), 7 dans le décret IGP méditerranée (Aleaticu, Barbarossa, Biancu gentile, Niellucciu, Riminese, Sciaccarellu, Vermentinu), 6 ont été inscrits en 2009 dans le nouveau  décret AOP Corse (Aleatico, Barbarossa, Biancu gentile, Caracaghjolu neru, Codivarta, Genovese, Minustellu). IL apparaît sur le marché de plus en plus de vins élaborés avec des cépages corses peu usités (Biancu gentile, Minustellu, Aleaticu, Barbarossa) identitaires et originaux, dont la valeur ajoutée est forte. Une souche de levure a été sélectionnée à l’échelle du domaine (Clos Canarelli), des travaux concernant la lutte contre le mildiou, dans le cadre de la viticulture biologique, sur la côte orientale de la Corse sont en cours avec un essai de réduction des doses de cuivre. Les itinéraires de vinifications intègrent la notion de «innovation» (cuve œuf béton), l’image des domaines s’en trouve valorisée et leur notoriété s’accroît.

Le comportement agronomique et le profil sensoriel des vins issus du Vermentinu et du Niellucciu (en rouge) en fonction des « terroirs » a été défini, ce qui permet aux producteurs d’optimiser l’adéquation cépage/terroir en fonction de leurs objectifs commerciaux. Une cellule d’aide à la décision « terroir » pour amender les domaines existants et aider à la création des nouveaux domaines a été mise en place…

Aujourd’hui, des références techniques solides concernant la Vinodiversité, la sécurité sanitaire des vins et la durabilité des systèmes de production sont acquises ou en cours d’acquisition.

Les orientations et mutations récentes du vignoble insulaire sont intimement liées aux résultats de sa structure de recherche, le CRVI a  contribué à la compétitivité et la pérennité des entreprises viticoles insulaires.

Avec dix signes de qualité -neuf appellations d’origine contrôlée et une indication géographique protégée- sur une superficie de près de 6 300 hectares pour environ 368 113 hectolitres produits en 2013- la Corse constitue un vignoble à part entière que la revue des vins de France a qualifié de « plus excitant de France ».

Entre 2006 et 2012, cette filière a généré dans l’ile près de 1500 emplois directs, augmenter  ses parts de marché de 41 % en France continentale, vu le prix moyen de vente à l’hectolitre croitre de 22% et développer l’export avec près de 20% des volumes (55khl) présents aux USA, en Allemagne et aux Pays Bas.

C’est la filière agricole de référence, nombreuses fois citées en exemple, c’est aussi un moteur et une source d’inspiration pour d’autres productions. 

Le secteur vitivinicole corse est donc stratégique à la fois en termes de production et de contribution à la balance commerciale de l’ile mais aussi au niveau des emplois, du dynamisme, de l’image, de l’animation et du maintien du tissu rural dans plusieurs microrégions.